Les labels communautaires dont vous êtes producteurs
 

Après Spidart, voici le deuxième rejeton francophone de SellaBand : MyMajorCompany. Nous ne disposons pas encore d'informations complètes à son sujet car le site a du retard sur ses prévisions d'ouverture. Néanmoins, nous pouvons d'ores et déjà tirer quelques unes de ses caractéristiques.

Sur le système, MyMajorCompany sera relativement semblable à SellaBand ou Spidart. Mais là où MyMajorCompany compte se distinguer, c'est sur le budget. 70.000 € seront demandés pour produire un album, contre 50.000 € chez Spidart et 50.000 $ (35.000 €) chez SellaBand. 70.000 € qui seront ensuite gonflés d'aides de la SCPP et de la participation des éditeurs jusqu'à 100.000 €. La moitié de cette somme environ sera consacrée au budget marketing. Quant à la répartition des gains (hors marge distributeur), ils seront de l'ordre de 28 % pour l'artiste, 28 % pour MyMajorCompany, et 43 % pour l'ensemble des investisseurs.

Deux labels communautaires uniquement pour le marché français, ça ne fait pas trop ? Si les concepts se rapprochent l'un de l'autre, le positionnement semble en fait relativement différent. Spidart veut jouer les alternatifs en prônant l'ouverture musicale (promesse biaisée, nous l'avons vu), pendant que MyMajorCompany veut décrocher le tube, et ne s'en cache pas. L'idée des fondateurs se comprend facilement. Il s'agit de faire un carton sur un artiste, et de donner de cette manière l'envie au public de s'investir grâce au réflexe "et si ça avait été moi le producteur ?".

"Concrètement, l'ensemble des internautes producteurs se partagent 30 % [Ndlr : marge du distributeur comprise dans le calcul] du revenu des ventes de musique enregistrée, physique et numérique. Dans nos prévisions, aux alentours de 30.000 ventes, tu récupères ta mise, 60.000 tu doubles, 120.000, tu quadruples" explique son co-fondateur Simon Istolainen. 30.000 disques, c'est pas rien. Cela équivaut plus au moins aux ventes en France, pour l'année 2006, des quelques albums ci-dessous :

  • Cali - Le Bordel Magnifique
  • Shy'M - Mes Fantaisies
  • Keny Arkana - Entre Ciment et Belle Etoile
  • Elodie Frege - Le Jeu Des 7 Erreurs
  • David Vendetta - Dancefloor FG DJ Radio Le Mix Hiver 2007
  • Tokio Hotel - Schrei (So Laut Du Kannst)
  • Beyonce - B'day
  • Prince - 3121
  • Thierry Amiel - Thierry Amiel
  • L.I.M - Triple Violences Urbaines
  • Arielle Dombasle - C'est Si Bon
  • Gerard Manset - Obok
  • Madonna - I'm Going To Tell you A Secret
  • etc.

Notre avis

MyMajorCompany sera peut être l'un des sites les plus rémunérateurs en terme de parts de vente car la marge des investisseurs y est conséquente. En revanche, c'est celui qui risque de peiner le plus pour arriver à faire émerger un artiste car il possède aussi la plus grosse barre de financement. Les fondateurs ne s'illusionnent pas à ce sujet, et estiment qu'il est possible qu'un artiste mette plusieurs années à lever des fonds suffisants. D'autre part, MyMajorCompany ne garde qu'une poignée d'artistes grand public, les fondateurs le comparant même à une sorte de Star'Ac du Net.

Premier problème, cette levée des fonds, qui risque d'être très longue. MyMajorCompany compte sur sa campagne de lancement pour attirer le plus d'investisseurs possible mais ce bassin sera toujours limité tant qu'il n'aura pas su se faire valoir avec au moins un carton médiatique. Dès lors, le label risque de manquer totalement de réactivité. Bien sûr, les fondateurs se défendent de vouloir faire de "coups" et avancent un travail avec un artiste sur le long terme. Seulement, si un artiste est sélectionné par MyMajorCompany, c'est qu'il dispose du potentiel pour être signé sur une major. Or, en deux ans de temps, il peut se passer beaucoup de choses et une "découverte" des directeurs artistiques ne tardera pas à se faire piquer par d'autres labels qui auront flairé le coup, l'artiste n'ayant pas forcément envie d'attendre une éternité pour produire son album.

En fait, MyMajorCompany n'a de participatif que son financement. Son modèle et sa logique de fonctionnement sont complètement calqués sur celui des grosses maisons de disques. Il est fréquent que des passionnés d'Internet essaient de transposer un modèle traditionnel au Web en essayant de lui conférer un aspect 2.0. Le problème, c'est que la plupart du temps, ces mêmes personnes se plantent car elles auront juste transposé un seul des aspects (ici le financement du disque) sans englober la nature complète d'Internet constituant un tout autre paradigme. Un nouveau modèle nécessite de repenser entièrement les rouages de la machine. Or, MyMajorCompany se contente d'acheter une nouvelle canne à son grand père en espérant que cela le débarrasse de ses rhumatismes. Un pari risqué. 

La réponse de MyMajorCompany : "Nous avons des réponses très concrètes concernant les attentes des internautes du point de vue de la relation, OFFLINE et ONLINE, avec l'artiste" nous précise Simon Istolainen. "Nous réduire purement à un financement participatif me semblait vraiment injuste". Le co-fondateur du site met en avant "deux piliers" qui structurent MyMajorCompany, deux piliers qui se retrouvent, finalement, dans une plus ou moins grande proportion sur toutes les plateformes du genre mais qui invalident, il est vrai, nos propos quelque peu hâtifs concernant un "manque participatif".

Le premier concerne la relation entre artistes et internautes. "Chaque artiste dispose d'un espace VIP qui est une véritable porte d'entrée vers tout son univers" explique Simon Istolainen. "Les internautes qui le produisent découvrent des exclus (photos, vidéos, titres, goodies), disposent d'un salon de discussion où ils parlent directement à l'artiste (participation aux choix de carrière, suggestion d'idées pour son développement, échanges libres..) et c'est grâce à cet espace que nous pourrons offrir des bons plans aux internautes. Chaque artiste disposera d'une communauté de producteurs qualifiée que nous pourrons convier aux concerts (réductions, avant premières, showcases privés..), en studio, sur les tournages de clips...Ici encore de nombreuses applications seront mises en place." Le deuxième axe concerne la volonté de souder une communauté forte. Les utilisateurs disposeront en effet "d'applications pour entrer en contact (ex: noumba déjà en place) et pourront interagir entre eux sur tout le site (systèmes de flux rss et fils infos, commentaires, messages...)."




Page 1. Introduction
Page 2. SellaBand
Page 3. Artistshare
Page 4. Spidart
Page 5. Slicethepie
Page 6. MyMajorCompany
Page 7. NoMajorMusik
Page 8. Problématiques
Page 9. Comparatif
 
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