


Il est communément admis que le producteur (ou directeur artistique, quand ces deux postes sont dissociés) d'un disque bénéficie de certains privilèges "naturels" concernant l'artiste qu'il signe : l'acquisition gratuite du disque bien sûr, mais aussi les invitations VIP aux concerts, le point de vue privilégié sur l'évolution de l'enregistrement de l'album, les rencontres avec l'artiste, etc.
Le concept d'Artistshare, c'est d'avoir monétisé ces "privilèges" et de les partager parmi le public selon une grille tarifaire établie. Financer un artiste sur Artistshare pourra donc tout aussi bien donner droit à un simple CD agrémenté de bonus vidéo ou autres, qu'à un dîner en tête à tête avec l'artiste, pour les plus grosses participations, ou une composition dédicacée.
Si Artistshare sélectionne essentiellement des artistes jazz, ce n'est pas un hasard. Les participations qu'il demande sont prohibitives et n'auraient aucune chance de marcher auprès d'un public de lycéens ou d'étudiants. Statistiquement parlant, le public jazz est plus vieux et plus fortuné que les amateurs de musique électronique, de hip hop, ou de métal.
Voici un exemple de grille tarifaire type que l'on peut trouver sur Artistshare. Elles varient d'un projet à l'autre quant aux privilèges accordés mais respectent toujours un schéma similaire, de la simple participation au titre de producteur exécutif.
| Forfait | Prix | Places | Privilèges |
| Simple participant | Entre 10 et 20 $ | 200 |
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| Participant bronze | 200 $ | 100 |
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| Participant argent | 2.500 $ | 10 |
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| Participant or | 7.500 $ | 2 |
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| Producteur exécutif | 12.500 $ | 1 |
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Notre avis
Artistshare exploite la "fanitude" comme ont déjà pu le faire certaines émissions de TV en offrant sur concours un contact privilégié avec l'artiste. Si il s'adresse avant tout à un public anglophone, nous avons choisi d'en parler car son modèle était particulièrement unique en la matière, et comme souvent, s'il connaît le succès, nous ne sommes pas à l'abri d'un équivalent francophone.
Artistshare tente de redonner de la valeur au CD en tant qu'objet de collection. Si les gens sont prêts à payer pour ça, c'est tant mieux pour l'artiste qui pourra mener à bien son projet. Mais cette grille de prestations comme on vendrait un clown pour un goûter d'anniversaire a quelque chose de dérangeant. Il impose une logique économique là où régnait les rapports naturels entre le producteur et son poulain. Bien sûr, ces rapports privilégient les personnes dont c'est le métier, mais les monétiser soumet l'artiste à des promesses racoleuses et on se demande un peu jusqu'où pourraient-ils aller pour vendre leur projet.
D'autre part, le participant ne devient pas producteur du disque puisqu'il n'en perçoit pas les retombées. Son implication est donc minimisée ; à la place, on préfère lui faire payer pour des gadgets de collectionneur. Artistshare prétend rapprocher l'artiste du fan et pourtant, il donne l'impression du contraire : déshumaniser les rapports en offrant à l'auditeur du superflu. L'avantage en revanche est que le fan n'assume aucun risque à la place du producteur. Il obtient ce pourquoi il a payé, que le projet fédère les masses ou non.