Axis : d'une part, en effet.
Et d'autre part, l'erreur la plus courante, c'est de croire qu'en empêchant la pédopornographie d'exister, on limitera les viols d'enfants : ils ne seront plus filmés, mais c'est pas pour autant qu'ils n'existeront plus.
Au contraire : parfois, la pédopornographie a permis à la police de choper des abuseurs qui avaient laissé des signes distinctifs sur les photos et vidéos de leurs méfaits.
Quand un - passez moi l'expression - fils de pute (désolé mais y'a pas d'autre mot), filme les viols répétés de sa propre fille dont certains sous la menace d'un couteau (histoire vraie), il faudrait être naïf pour croire que sans internet, il se comporterait différemment. Il l'aurait violée exactement de la même façon. Sauf que là, la police a réussi, grâce à ces images et vidéos, à trouver des éléments d'identification, à enquêter, et à le choper. Il faudrait être le dernier des naïf pour croire qu'un tordu pareil n'aurait pas fait exactement les mêmes choses si internet était filtré, ou même n'existait pas, ou même si personne n'avait inventé l'appareil photo et le camescope.
A partir de là, je vois pas en quoi filtrer le net est censé "sauver" les enfants : les abus ne seront plus visibles, mais ça ne voudra en aucun cas dire qu'ils n'existent plus.
Evidemment : on sait d'où vient cette erreur. Elle vient du mythe puissant des "réseaux pédophiles qui génèrent plein d'argent en produisant de la pédopornographie" : sur fond de théorie du complot (avec des notables et compagnie), de délires paranoïaques (aaah l'époque de la fin des années 90 où on parlait de charniers d'enfants en banlieue parisienne sans que personne ne se dire que c'est un peu gros...), et de chiffres délirants et sortis de nulle-part ("20 Milliards de dollars par an", "rapporte plus que la drogue", "on trouve sur internet des sites de vente d'enfants avec même des promos pour deux enfants achetés, un enfant offert" - riez pas, je l'ai vraiment entendu à la télé, c'était dans un C dans l'air, et c'était une rombière d'Action Innocence Group qui parlait, de mémoire), bref on nous a pondu un mythe sur ce "marché juteux de la pédopornographie", avec ce qu'il faut de reportages bidonnés.
Evidemment, c'est une pure légende urbaine... il y a bien eu quelques initiatives isolées (notamment en Russie et notamment à cause de ces données bidons : certains se sont dits "waouh ça rapporte tant que ça ?? Pourquoi pas moi ? Je vais essayer..." : merci les créateurs de légendes urbaines d'avoir suscité ce genre de vocations, bien joué les gars ! super votre défense des enfants !), mais pour le reste...
La réalité, c'est que la pédopornographie, à 99%, il s'échange sur Freenet, sur le p2p, sur l'IRC, sur usenet, et en privé dans des petits groupes restreints, souvent de parents incestueux qui s'échangent leurs "trophées".
La réalité, c'est qu'à part ces quelques initiatives isolées venant de Russie, et quelques productions des années 70 venant du Danemark (c'était légal à l'époque alors certaines boîtes de porno tout à fait correctes ont investi le marché : Color Climax notamment, boîte de X aujourd'hui hétéro bien connue puisqu'elle a produit et édité plusieurs films mettant en scène le fameux Rocco Siffredi), bref à part ces quelques vieux trucs qui tournent en boucle, 90% de la production de pédopornographie est d'origine non-commerciale : elle provient des mineurs eux-même (de plus en plus souvent), ou d'adultes qui seraient passé à l'acte coûte que coûte, et qui diffusent pour pas un rond.
Dans ces circonstances, le filtrage ne servira à rien : les abuseurs continueront d'abuser, les mineurs exhibitionnistes continueront à s'exhiber, certes ça se verra moins (si tant est que le filtrage fonctionne de façon efficace) : mais la nature des choses n'aura absolument pas changée. Et aucun enfant ne sera sauvé par ces mesures.
Quant à Superlulu (pour reprendre le pseudo de la campagne de pub ridicule d'Action Innocence Group - encore eux), j'attend toujours qu'on me donne une source sur un seul de ses méfaits en francophonie.